Résidence de Territoire

Résidences artistiques de l’Effet Doppler, temps d’échanges et de rencontres, restitutions live et actions culturelles sur l’agglomération.

 

Projet proposé et développé par l’association SCOPIE
en partenariat avec
Sète Agglopôle Méditerranée
Ville de Balaruc-le-Vieux
Ville de Frontignan
Théâtre Molière Sète, Scène Nationale Archipel de Thau

BRAQUAGE SONORE & CIE

Braquage Sonore & Cie est une association créée en août 2018 autour de son responsable artistique, Jérôme Hoffmann qui développe depuis plus de 15 ans un travail sur la création sonore, le mouvement, la musicalité des sons qui nous entourent.
La compagnie mène ainsi un travail de sensibilisation à l’écoute à destination de publics variés ainsi que la re-cherche de modes de création sonore singuliers, alliant composition instrumentale, manipulation de matières et d’objets en direct, captations sonores d’espaces et de lieux.
De l’installation autonome aux représentations performées, allant d’un format très court pour une expérience sensorielle, au concert, en passant par un instant de pure relaxation mouvementée à l’occasion d’une sieste sonore, la compagnie tente de révéler l’identité et les potentialités sonores d’un espace, de manière réelle, symbolique ou poétique.
Braquage Sonore & Cie porte déjà plusieurs projets en diffusion ayant en commun la question de la perception du son et la pratique de la captation in situ ; les Siestes sonores cinématiques dont Sub Aqua, le Braquage sonore live en 5.1, et l’Audit sonore, installation.

 

© S. Teillais

L’EFFET DOPPLER

Une création in situ
Un travail de collecte sur un territoire donné
Une restitution sonore et visuelle. 

 

Note du compositeur, Jérôme Hoffmann
Pour cette création, je souhaite définir une méthodologie et un mode d’intervention au sein de la zone territoriale qui aura préalablement été identifiée afin de révéler une partie de son A.D.N. sensible. Il pourra s’agir d’une pièce, d’un lieu emblématique, d’un quartier, ou encore d’un territoire dans toute sa singularité.
En utilisant le microphone tel un stéthoscope et l’image comme un scanner, j’aspire à prendre la pulsation de ce qui nous accompagne chaque jour, de ce qui interagit avec nos émotions, perturbe ou nourrit nos sensations, pour ainsi tisser la narration sensible d’une nouvelle création.
Dans mon parcours de créateur sonore ces dix dernières années j’ai souvent travaillé avec l’idée de « donner à voir le son ». Cette appréhension de l’invisible et des interactions que l’on entretient avec lui est au coeur de ce projet et à l’origine même de son titre : L’effet Doppler.
Car le son n’existe en effet que si l’on est là pour le recevoir, mais par notre présence on le modifie et par notre perception on le qualifie.

 

Note du réalisateur, Cyril Lacournet 
Nous sommes habitués, au point d’être établi comme une norme audio visuelle, à ce que les sons et les images dialoguent dans la même intention de vraisemblance ; généralement le son illustre ou habille l’image. Notre at-tente de leur rencontre se situe généralement à cet endroit. L’intention que nous avons avec Jérôme Hoffmann est de questionner ce dialogue.
Nous agirons tous les deux suivant un protocole commun qui nous permettra d’intervenir dans les lieux que nous étudierons ; protocole de captations pour des sons et des images réalisées au même moment au même endroit.
C’est à partir de ces matériaux, que nous pourrions coupler comme cela se fait traditionnellement pour rendre un morceau de réalité, que nous allons travailler afin de trouver d’autres dialogues possibles – asynchrones, acciden-tels, aléatoires, post traitements – afin de créer une torsion de la réalité attendue et d’en proposer la possibilité d’une autre.

MÉTHODOLOGIE D’INTERVENTION

Les deux artistes seront présents sur le territoire pendant une période de dix jours par lieu, leur permettant ainsi d’organiser et de phaser leurs interventions.

Étape 1 – Définition et contours du territoire d’exploration
D’un lieu de travail à un lieu de vie.
D’un espace en mutation à un lieu patrimonial emblématique.
D’un bâtiment à une rue, un quartier ou une zone spécifique définie.

Étape 2 – Collecte sonore et visuelle
Le dispositif de prise de sons et d’images sera visible afin de susciter la curiosité des habitants et des usagers, de favoriser l’échange.
La collecte sonore et visuelle s’effectuera à deux échelles pour rester sensible aux détails qui peuplent l’espace et pour recueillir l’environnement plus général et caractéristique de ce dernier.

Étape 3 – Recueil de témoignages
Par expérience, aborder la question de la perception sonore doit se faire souvent de façon indirecte. Si les sons des espaces que l’on désire et que l’on affectionne viennent rapidement à l’esprit – le son des vacances -, les sons de notre quotidien sont plus enfouis et moins conscients.
Pour favoriser leur identification et la verbalisation, nous questionnerons les habitants et les usagers au sujet de leur perception des espaces qu’ils affectionnent et autour de la question des nuisances sonores et de leur source.
Dans le même temps et pour faciliter l’échange, nous proposerons à l’écoute des détails sonores enregistrés in situ ou le visionnage de séquences vidéos évocatrices.

Étape 4 – Traitement des matériaux et écriture
Manipulation et transformation des sons et matières recueillies -voix, images…- afin d’exploiter leur potentiel poétique, réel ou fantasmé, et de questionner les croisements et les effets possibles d’une matière sur une autre.
Écriture, mise en forme et en espace de la restitution.

Étape 5 – Restitution contextuelle et protéiforme
La restitution est à imaginer en fonction de chaque lieu d’intervention et de représentation. Elle est à la croisée de plusieurs disciplines -arts visuels, sonores, cinématographiques…- et peut prendre la forme d’une installation ou d’une performance.

AXES DE TRAVAIL DE LA CRÉATION
L’EFFET DOPPLER

Définition Encyclopédie Universalis
Tout un chacun peut en faire l’expérience lorsqu’un véhicule en déplacement fait fonctionner une sirène. La perception du son émis est différente selon l’endroit où l’on se trouve par rapport à cette sirène. Si on est dans le véhicule émetteur, on perçoit alors le son « original ». Si on regarde passer le véhicule, le son est plus aigu lors-que le véhicule se rapproche puis devient plus grave lorsqu’il s’éloigne.
C’est cette propriété de décalage de fréquence de l’onde sonore d’un émetteur en déplacement qui est utilisée par les animaux pratiquant l’écholocation.

/ Nos représentations mentales
Qui n’a jamais remarqué que lorsque nous changeons de lieu de vie, pour les vacances ou lors d’un déménagement, nous devenons particulièrement sensibles aux nouveaux sons qui nous accompagnent le jour et plus encore lors de la première nuit. Notre acuité auditive s’estompe ensuite, les sons prennent place dans le nouveau paysage sonore et passent alors sous les radars de notre perception consciente.
Nous avons en nous des représentations mentales de l’identité sonore des lieux que nous traversons régulièrement. Mais quelles sont-elles ?


/ L’écoute

Dans la langue latine, écouter signifie obéir, s’écrit « obaudire ».
Nos oreilles n’ont pas de paupière, et bien que nous en soyons peu conscients, les sons des espaces que nous traversons s’imposent à nous chaque jour. Ils interagissent avec nos émotions, perturbent ou nourrissent nos sensations de façon positive ou négative.
Questionner les habitants d’un territoire ou les usagers d’un espace en utilisant les sons de leur quotidien comme appeau de l’attention est pour cette création un moyen d’aborder le sujet central de l’écoute.
Elle sera le fil rouge de la narration d’un voyage qui, finement mené, amènera le spectateur à s’interroger sur son attention, ses perceptions, et sur son pouvoir de modification de sa propre réception du son.
Car nos écoutes ne sont pas neutres.
Jeune père je me suis mis à être tout à coup très sensible aux sons émis par des nouveaux nés. Dans le plus grand « brouhaha » de ma ville, mon corps tout entier pouvait se figer aux sons des pleurs d’un bébé quand quelques mois avant je n’y prêtais pas attention. Ces sons étaient absents ou masqués dans mon paysage sonore quotidien.
Nous sommes plus ou moins sensibles à certaines familles de sons, à certains spectres de fréquences en fonction de notre état. Nos oreilles ne sont que des capteurs de vibrations que notre cerveau décode et analyse plus ou moins fidèlement.
Dans l’attente d’un coup de téléphone important, combien d’entre nous ont eu l’impression d’entendre leur télé-phone sonner ?
Nous qualifions notre environnement sonore de façon souvent très schématique, calme ou bruyant. Pourquoi chez certaines personnes en vacances ou arrivant sur un territoire, les sons du chant du coq ou des cloches du village sont-ils intolérables ?
Questionner nos écoutes et prendre conscience de leurs singularités sera un des enjeux de cette création. Car que j’aime est parfois qualifié de bruit par mon voisin et ce que j’entend


/ L’effet Doppler

L’effet Doppler est le changement apparent de la fréquence d’un signal sonore ou électromagnétique reçu par un observateur mobile par rapport à une source émettrice fixe ou bien par un observateur fixe par rapport à une source émettrice mobile.
En mesurant le décalage entre la fréquence reçue et la fréquence émise, on peut alors déterminer la vitesse d’un mobile émettant du son.
Également, le son émis par un mobile en mouvement (voiture, vague…) semble plus ou moins aigu selon la vitesse à laquelle il se rapproche et plus ou moins grave selon la vitesse à laquelle il s’éloigne.
C’est en 1842 que Christian Doppler démontre comment le mouvement ou son absence modifie le son et sa perception, une donnée avec laquelle nous allons composer pour cette création.
Si je me mets en mouvement ou si la source émettrice du son bouge, je n’entendrai plus le même son. De par notre présence, les espaces ne sont pas statiques, nous les traversons, les occupons et modifions ainsi leur signature sonore.


/ Introduire la rêverie et la poésie dans les perceptions de nos espaces

En utilisant les sons de notre quotidien et en les mettant en scène, nous souhaitons générer chez les spectateurs une forme de connivence. Ils connaissent ces sons, peut être pas consciemment mais ils font partie de leur univers, de leur intimité.
En leur dévoilant les subtilités de leur paysage sonore sous différents angles en utilisant les médias de l’image et du son, leur prochaine traversée de cet espace ne sera plus tout a fait la même.
Il y aura un avant et un après. Un partage d’un petit plus en commun.

 

Une résidence de territoire en lien avec les habitants
L’Effet Doppler portant sur les perceptions de nos environnements quotidiens et plus précisément sur le pouvoir d’évocation des sons sur nos perceptions, il est primordial pour le musicien et le vidéaste de s’imprégner des retours d’expérience du territoire des habitants.

Les habitants sont impliqués à différents endroits et étapes du projet.

Tout d’abord, ils font partie intégrante du processus de découverte du territoire par les artistes, qui choisissent d’intégrer dans leur approche des espaces les rapports intimes que les habitants entretiennent avec ces derniers. Les rencontres avec les habitants du territoire peuvent se faire grâce à l’intermédiaire des organisateurs sur place ou de manière spontanée lors des déambulations des artistes dans la ville. Les habitants qui acceptent de partager leur lien et leur vécu du territoire ont une position qui pourrait s’apparenter à celle de guide dans un territoire « méconnu » par les artistes. Ils sont sources de données, d’informations factuelles ou anecdotiques relatives au territoire et à la manière dont ils interagissent avec lui, permettant aux artistes de se familiariser progressivement à lui.

Afin de faciliter les échanges et de libérer la parole des habitants autour des perceptions sonores et de l’écoute, les artistes auront préparé quelques questions et donneront également à entendre aux habitants quelques enregistrements effectués sur place à leur arrivée.

Cette implication dans le projet permet parallèlement aux habitants d’activer leur écoute attentive des espaces et d’expérimenter le sujet de la création. Un processus qui a un impact direct sur les habitants en favorisant une prise de conscience de leur activité́ perceptive.

Cette prise de conscience relèvera davantage de la curiosité pour les personnes qui ne rencontreront pas les artistes personnellement mais qui les remarqueront tout de même, ces derniers étant volontairement visibles avec leur matériel d’enregistrement sonore et graphique au sein des espaces publics et fréquentés du territoire.

Également, certains témoignages d’habitants, moments de vie et bribes sonores et visuelles enregistrées sur place dans un certain contexte, seront intégrés à la création et feront partie des matières premières arrangées, transformées, composées de l’oeuvre finale.

 

© C. Mouchette

 

 Enfin, la restitution sonore et visuelle finale, performée en direct par les artistes, aura cette particularité́ d’une diffusion sonore spatialisée à travers différents hauts parleurs. Les sons arriveront de différentes directions et se déplaceront autour des auditeurs. L’image, parfois floue, parfois nette, apparaîtra puis disparaîtra pour entrer en dialogue avec la partition sonore, créant chez le public autant de réactions qu’il existe d’interactions entre ces deux mediums. Une expérience immersive et interactive qui créé, en écho aux espaces publics traversés, un nouveau « paysage » en mouvement.

Mêlant enregistrements du territoire, mélodies instrumentales et manipulations d’objets et de matières sous les yeux du public, le « paysage » proposé dans la performance live ne donnera volontairement pas toutes les clés de lecture afin de laisser toute personne libre de son interprétation, actrice de son propre récit de la partition. Une proposition qui laisse place à l’imaginaire de chacun, au voyage au cœur de la mémoire des émotions et des perceptions personnelles.
L’Effet Doppler est construit autour d’une méthode qui permet de désacraliser l’acte artistique par la mise en dialogue -aux allures de recherche collaborative- des perceptions entre ceux qui découvrent et ceux qui vivent quotidiennement un espace. L’intention du projet est que l’expérience proposée ait un impact sur les perceptions des participants pendant le processus de création et ultérieurement. Une intention que nous souhaitons atteindre grâce à l’implication des habitants du début à la fin du processus de création.

 

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